Risques accrus pour les défenseur⸱ses des droits humains dans un contexte d'escalade des hostilités au Moyen-Orient
Front Line Defenders exprime sa profonde inquiétude face à l'escalade des hostilités au Moyen-Orient et à leurs conséquences dévastatrices pour les civils, suite aux frappes aériennes américaines et israéliennes contre l'Iran et des représailles iraniennes contre Israël et plusieurs États du Golfe. Conformément à notre mandat, nous sommes particulièrement préoccupés par les risques accrus auxquels sont confrontés les défenseur⸱ses des droits humains dans toute la région, y compris celles et ceux qui sont détenus arbitrairement pour leur travail pacifique en faveur des droits humains.
Les défenseur⸱ses des droits humains jouent un rôle essentiel pour documenter les violations des droits humains, soutenir les communautés touchées et promouvoir la responsabilité en temps de crise. Cependant, les périodes d'escalade armée et de conflit augmentent souvent les risques auxquels ils sont confrontés. Les défenseur·ses qui fournissent une aide humanitaire, signalent des violations ou œuvrent pour la protection des personnes déplacées et d'autres groupes vulnérables, peuvent être exposés à des menaces accrues pour leur sécurité et leur bien-être.
Les périodes d'escalade armée et d'instabilité politique dans la région augmentent les risques auxquels sont confrontés les défenseur⸱ses des droits humains. L'insécurité, l'affaiblissement de l'État de droit et la prolifération des acteurs armés créent des conditions dans lesquelles les agresseurs peuvent plus facilement prendre pour cible les défenseur·ses sans devoir rendre de comptes. Les défenseur⸱ses des droits humains sont pris pour cible par le biais d’assassinats, d’arrestations arbitraires, de la criminalisation, d’enlèvements et de torture.
« Tuer des enfants dans les écoles, prendre pour cible des patients dans les hôpitaux ou des prisonniers dans leurs cellules : ces nouvelles images sont-elles devenues la « norme » pour un État qui prétend respecter le droit international tout en le violant ? Ce déclin d'humanité et ce niveau de brutalité doivent être combattus au-delà des condamnations, toutes tendances politiques confondues, que ce soit à Gaza ou en Iran, que ce soit par les bombes israéliennes et américaines sur l'Iran ou par la République islamique d'Iran contre son propre peuple, tuant des milliers de manifestants qui réclament une vie meilleure. Le peuple iranien a subi deux fois des crimes contre l'humanité en moins de deux mois. Trop c’est trop, nous avons besoin d'une solidarité qui dépasse la géopolitique et les frontières nationales. Nous devons crier d'une seule voix et dans un élan de solidarité : « Aucun être humain ne devrait subir cela ; plus jamais ça. »
-- Leila Hosseinzadeh, FDDH iranienne
Les défenseur⸱ses des droits humains privés de liberté sont particulièrement vulnérables dans de tels contextes. En période de conflit, les défenseur·ses détenus peuvent être exposés à un risque accru de mauvais traitements, tandis que l'accès aux soins médicaux, aux contacts avec leur famille, à une représentation juridique et à un suivi indépendant peut être encore plus restreint. Le risque que ces violations se produisent augmente si les hostilités se déroulent à proximité immédiate des centres de détention.
La défenseuse des droits humains et lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, actuellement détenue à la prison de Zanjan, a fait état d'explosions violentes à proximité immédiate à la suite de frappes aériennes. Golrokh Iraee, Sepideh Gholian, Shima Ghooseh, Sharifeh Mohammadi, Serveh Mohammadi, Mohammad Najafi, Mohammad Reza Faghihi, Reza Khandan, Ahmadreza Haeri, Taher Naghavi, Seyed Mehdi Karimi Farsi, Javad Alikordi, Abolfazl Ranjbari, Hashem Khastar, et Masoud Farhikhteh sont exposés aux frappes aériennes. Leur accès aux besoins humains fondamentaux est encore plus restreint pendant leur détention à Téhéran, Mashhad, Gilan et dans d'autres provinces.
Les organisations de défense des droits humains s'inquiètent de la détérioration de la situation dans la prison d'Evin en Iran, où de nombreux DDH sont actuellement détenus. D'après les informations que ces organisations ont reçues de prisonniers, « le quartier de sécurité 209 a été évacué » et « des forces anti-émeutes sont stationnées dans les bâtiments environnants ». La distribution alimentaire serait également perturbée. Dans la soirée du 2 mars 2026, les forces militaires israéliennes auraient donné un ordre d'évacuation d'urgence aux habitants du quartier d'Evin. Le 23 juin 2025, lors du conflit israélo-iranien qui a duré douze jours, les forces israéliennes ont attaqué le complexe d'Evin et la prison d'Evin. Les prisonniers, y compris les défenseur⸱ses des droits humains, ont été évacués de la prison à la suite des attaques. Les autorités iraniennes ont fait état de plus de 70 morts dans cette attaque contre le complexe d'Evin, et plusieurs autres personnes auraient été blessées.
Au Bahreïn, des frappes ont été signalées à quelques kilomètres seulement de la prison de Jau, où le défenseur des droits humains Abdulhadi Al-Khawaja purge toujours une peine d'emprisonnement à perpétuité pour son action pacifique en faveur des droits humains, aux côtés de son collègue défenseur des droits humains, le Dr Abduljalil Al-Singace. Front Line Defenders est également préoccupée par les informations faisant état d'arrestations de défenseur·ses au Bahreïn liées à des manifestations contre la guerre et appelle les autorités à respecter les droits à la liberté d'expression et de réunion pacifique.
Au cours des précédents conflits armés et de l’escalade actuelle en Palestine, les autorités israéliennes ont imposé des mesures plus strictes aux prisonniers palestiniens, y compris aux défenseur⸱ses des droits humains. Il est très préoccupant que ces défenseur·ses soient exposés à des risques accrus d'abus et de violations de leurs droits dans le contexte actuel.
Toutes les parties au conflit doivent respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et des droits humains, notamment en matière de protection des civils et des personnes privées de liberté. Les hôpitaux, les écoles et autres sites protégés par le droit international humanitaire, où les défenseur⸱ses des droits humains et d'autres civils accomplissent un travail essentiel et fournissent une aide humanitaire, ne doivent pas être pris pour cible. Les autorités devraient également libérer immédiatement les défenseur⸱ses des droits humains détenus et veiller à ce qu'ils aient accès à des soins de santé adéquats, à leurs proches et à un avocat, ainsi qu'à un suivi indépendant.
Front Line Defenders appelle la communauté internationale, les États et les organisations multilatérales à rester attentifs à la situation des défenseur⸱ses des droits humains dans la région, à faire part de leurs préoccupations concernant leur protection aux autorités compétentes et à fournir un soutien concret et des mesures de protection aux défenseur⸱ses des droits humains en danger, si nécessaire en les aidant à se réinstaller temporairement et en leur fournissant une aide d'urgence pour l'obtention de visas.
Front Line Defenders fait part de sa solidarité avec les défenseur⸱ses des droits humains de toute la région qui poursuivent leur travail dans des conditions extrêmement difficiles et dangereuses.
Crédit Photo : Iranian Foreign Media Department via Associated Press



















