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3 Octobre 2025

Maroc : Force meurtrière et arrestations massives de manifestants pacifiques, notamment de défenseur⸱ses des droits humains

Front Line Defenders condamne fermement l’usage illégal de la force et la vague d’arrestations arbitraires par les autorités marocaines visant des manifestants pacifiques, notamment les défenseur⸱ses des droits humains, à travers le pays. Les manifestations, qui ont lieu dans de nombreuses villes dont Rabat, Casablanca, Agadir, Oujda, Tanger et Fès, ont été organisées à l’appel de groupes de jeunes dénonçant la détérioration des droits sociaux et économiques au Maroc et réclamant un meilleur accès à l’éducation, aux soins de santé, au travail et à la dignité sociale.

Depuis le 27 septembre 2025, lorsque les manifestations pacifiques ont commencé au Maroc, les autorités réagissent en ayant recours à une force disproportionnée, à des détentions massives et à un acharnement judiciaire, dans le but clair de réprimer la dissidence. Initialement prévues pour les 27 et 28 septembre, les manifestations se sont poursuivies les 29 et 30 septembre, ainsi que les 1er et 2 octobre, reflétant la frustration croissante de la population. Les manifestants pacifiques, les défenseur⸱ses des droits humains et les organisations locales de la société civile exigent également la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées arbitrairement pendant les manifestations.

Front Line Defenders a reçu des rapports qui font état d’une répression sévère contre les manifestants, les forces de sécurité utilisant des tactiques violentes pour disperser la foule. Cela consiste notamment à foncer sur les manifestants avec des véhicules, utiliser des armes chargées et procéder à l’arrestation arbitraire de centaines de manifestants pacifiques, parmi lesquels d’éminents défenseur·ses des droits humains, des artistes et des jeunes activistes pacifiques, y compris des mineurs. La situation a gravement dégénéré et plusieurs manifestants ont été tués.

Le 1er octobre 2025, trois jeunes manifestants ont été tués par les autorités. Le 30 septembre 2025, un véhicule de police a foncé sur des manifestants, blessant gravement au moins un jeune, qui est actuellement hospitalisé.

Alors que de nombreuses personnes détenues arbitrairement ont été libérées dans un premier temps, notamment tous les défenseur⸱ses des droits humains connus, les autorités ont depuis placé un grand nombre d’entre elles en garde à vue et engagé des procédures judiciaires à leur encontre pour participation à un rassemblement non armé, désobéissance, entrave à la circulation et incitation à commettre des délits et des crimes. Il s’agit là d’une forme évidente d’acharnement judiciaire visant à punir et à intimider les manifestants, y compris les défenseur⸱ses des droits humains et les activistes.

Des sources ont indiqué à Front Line Defenders que les détenus sont victimes de graves violations de leurs droits fondamentaux. Les forces de sécurité se seraient livrées à un profilage discriminatoire, arrêtant arbitrairement des jeunes dans la rue en fonction de leurs vêtements ou de leur apparence. De nombreuses personnes détenues ont été soumises à des conditions qui violent l’interdiction absolue de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants. En outre, des avocats ont indiqué que les manifestantes ont été spécifiquement visées par des actes de harcèlement et d’intimidation fondés sur le genre, ce qui constitue une autre violation des obligations internationales du Maroc en matière de droits humains.

La vague de répression actuelle reflète la réduction générale de l’espace civique au Maroc, où les défenseur⸱ses des droits humains, les jeunes activistes et les mouvements étudiants sont confrontés à des restrictions sévères et à des représailles lorsqu’ils expriment leur désaccord. Ces actions sont contraires aux obligations du Maroc en vertu du droit international, y compris le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

Front Line Defenders est vivement préoccupée par l’usage excessif de la force qui a entraîné plusieurs cas de blessures graves, d’hospitalisations et d’homicides. L’organisation appelle les autorités marocaines à cesser immédiatement de recourir à la violence contre les manifestants pacifiques pour réprimer la dissidence et à libérer toutes les personnes détenues arbitrairement, conformément aux obligations et aux engagements internationaux du Maroc en matière de droits humains. Front Line Defenders appelle la communauté internationale, y compris les Nations Unies, à suivre de près la situation et demande une enquête approfondie, impartiale et efficace sur les violences commises par les forces de sécurité marocaines.