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2 Décembre 2025

Kazakhstan : Les autorités du Kazakhstan doivent garantir la protection des défenseur·ses des droits des personnes LGBTI victimes de harcèlement de la part de militants anti-LGBTI

Front Line Defenders condamne l'attaque contre les défenseur·ses des droits humains LGBTI Ardzh Tursynkan, Temyrlan Baymash et Zhanar Sekerbayeva. L'organisation exprime sa profonde inquiétude quant au manque de protection des défenseur·ses LGBTI de la part des autorités kazakhes. Au lieu de les protéger, les forces de l'ordre arrêtent et harcèlent les DDH.

Ardzh Tursynkan est défenseur des droits des personnes LGBTI et chercheur. Il travaille avec AlmaTQ, une initiative kazakhe de premier plan en faveur des droits des personnes transgenres, et avec Education Community, une organisation de défense des droits humains des personnes LGBTI et des jeunes. Temyrlan Baymash est défenseur des droits des personnes LGBTI et cofondateur d'une initiative en faveur des droits humains, Queer.kz. Zhanar Sekerbayeva est défenseuse des droits humains, militante LGBTQI+ et cofondatrice de l'initiative féministe kazakhe « Feminita ».

Le 21 novembre 2025, à Astana, au Kazakhstan, un militant pro-nataliste et anti-LGBTI a perturbé une table ronde sur la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité et l'expression de genre (SOGIE) dans le pays. Des vidéos prises lors de l'événement le montrent en train de pénétrer sans autorisation, de crier des obscénités aux participants et de tenter délibérément de perturber l'événement. Lorsque la police est arrivée sur les lieux, le militant a déposé une plainte contre Ardzh Tursynkan, qui était en train de présenter un rapport sur la discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et l'identité et l'expression de genre. La police a arrêté le défenseur des droits humains et l'a emmené au commissariat du district de Saryark à Astana. Pendant sa détention, Ardzh Tursynkan a été victime d'une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux, à l’aide de contenus générés par l'IA pour le ridiculiser et le rabaisser.

Malgré son état de santé et son handicap, les forces de l'ordre ont placé Ardzh Tursynkan en détention provisoire au commissariat de police du district de Saryark à Astana, où il a été interrogé. Lors de sa détention provisoire, le défenseur des droits humains a déclaré avoir été menacé de violences sexuelles par un codétenu. Le 22 novembre 2025, le tribunal interdistrict spécialisé dans les infractions administratives de la ville d'Astana a déclaré Ardzh Tursynkan coupable de « hooliganisme mineur » en vertu de l'article 434 (1) du Code administratif de la République du Kazakhstan. Il a été condamné à une amende de 80 000 KZT (environ 135 euros), puis relâché.

Le 22 novembre 2025, le même militant anti-LGBTI, accompagné d'un groupe d'individus, a agressé verbalement et physiquement Temyrlan Baymash et Zhanar Sekerbayeva dans un café à Astana. Une fois de plus, à leur arrivée, les agents des forces de l'ordre n’ont pas arrêté le militant anti-LGBTI, mais Temyrlan Baymash. Zhanar Sekerbayeva, qui s'était rendue dans un magasin voisin pour échapper au harcèlement, a également été arrêtée. Les deux DDH ont été conduits au commissariat de Sary-Arka, où ils ont été détenus pendant trois heures avant d'être libérés. Les autorités ont refusé de donner les raisons de leur arrestation.

Ces attaques contre les défenseur·ses des droits des personnes LGBTI surviennent alors que le Kazakhstan s'apprête à adopter une loi contre la soi-disant « propagande LGBT ». Le 12 novembre 2025, la chambre basse du Parlement du Kazakhstan, le Mazhilis, a voté l'adoption d'amendements législatifs interdisant la « diffusion d'informations contenant de la propagande en faveur de l'orientation sexuelle non traditionnelle et de la pédophilie » dans les médias et sur Internet. Le débat et le vote ont duré 15 minutes au total. La loi doit désormais être examinée par le sénat. Depuis mai 2024, les représentants du Mazhilis ignorent les vives critiques des défenseur⸱ses des droits humains kazakhs qui appellent les autorités à abandonner cette initiative, issue d'une pétition lancée par des parents militants d’un groupe d’autodéfense. Bien qu'elle n'ait pas encore été adoptée, cette loi contribue déjà à la stigmatisation sévère de la communauté LGBTI et légitime les actions malveillantes des militants anti-LGBTI.

La loi proposée au Kazakhstan reflète la législation discriminatoire russe qui interdit la soi-disant « propagande LGBTI » et qui a été adoptée à l'échelle nationale en 2012. En Russie, cette loi est utilisée à mauvais escient contre les défenseur⸱ses des droits humains LGBTI, entraînant des condamnations et des amendes administratives. De nombreux organismes internationaux jugent ces lois discriminatoires.

Front Line Defenders exhorte les autorités de la République du Kazakhstan à mettre fin au harcèlement des défenseur·ses des droits des personnes LGBTI et à assurer leur protection contre les actes des groupes d'autodéfense et contre d’autres formes d'agression. L'organisation appelle les autorités à retirer le projet de loi sur la soi-disant « propagande LGBTI », car il présente un risque important de harcèlement pour les défenseur·ses des droits des personnes LGBTI, tant de la part d'acteurs étatiques que non étatiques. Front Line Defenders exhorte les autorités du Kazakhstan à veiller à ce que les défenseur·ses des droits des personnes LGBTI puissent mener leurs activités légitimes en faveur des droits humains sans crainte de représailles et sans restrictions.