Iran : Plus de 30 ONG tirent la sonnette d'alarme face à la situation désastreuse des défenseur⸱ses des droits humains détenus, alors que le nombre de manifestants tués ne cesse d'augmenter
Nous demandons la protection urgente des défenseur⸱ses des droits humains, des journalistes et d’autres personnes emprisonnées pour leurs écrits, leurs opinions ou leur participation à des rassemblements, dans un contexte de manifestations nationales et de coupure d'Internet
Alors que la répression massive des manifestations et de la dissidence s'intensifie de manière spectaculaire en Iran, dans un contexte de coupure quasi totale des communications, la Free Narges Coalition et plus de 30 organisations signataires appellent à des mesures urgentes et concrètes pour contourner la censure d'Internet, et tirent la sonnette d'alarme concernant les graves menaces qui pèsent sur les détenus actuels et nouvellement arrêtés, en particulier les personnes emprisonnées pour leur travail en faveur des droits humains, leur activité journalistique, leur liberté d'expression, leur militantisme ou leur participation à des rassemblements pacifiques.
L'Iran traverse l'une des périodes de répression les plus sévères de son histoire récente. Les manifestations qui ont débuté le 28 décembre au Grand Bazar de Téhéran contre l'effondrement de la monnaie nationale ont pris de l'ampleur jusqu'à ce que les autorités coupent complètement l'accès à Internet, isolant l'Iran du reste du monde, et lancent une répression plus sévère le 8 janvier. Les images choquantes de manifestants morts, les rapports des médecins faisant état d'hôpitaux débordés et de l'utilisation meurtrière d'armes de guerre et de balles réelles, ainsi que l'absence d'accès pour les journalistes et les médias indépendants, plongent dans le désespoir les familles qui ont perdu des proches et suscitent de graves inquiétudes quant à la sécurité de milliers de personnes blessées ou détenues. Les organisations de défense des droits humains et les médias internationaux ont pu vérifier la mort de plus de 2 500 manifestants, dont des enfants de moins de 18 ans, et des milliers de blessés, certains grièvement, tandis que près de 20 000 arrestations ont été confirmées. La majorité des meurtres ayant été commis depuis le 8 janvier, dans un contexte de black-out numérique total qui rend toute vérification supplémentaire impossible, les rapports actuels estiment que le nombre de victimes est bien plus élevé, probablement supérieur à 6 000.
Dans le même temps, dans des déclarations officielles, le procureur général de Téhéran a qualifié les manifestants de vandales et les a menacés de les poursuivre pour ‘moharebe’ (guerre contre Dieu), un crime passible de la peine de mort en vertu du droit pénal islamique. Les médias d'État ont également fait état d'arrestations massives d'individus qu'ils qualifient d'« émeutiers ».
Selon NetBlocks, cela fait désormais plus de 140 heures que l'Iran subit une coupure quasi totale d'Internet depuis le 8 janvier. Ce black-out des communications limite considérablement l'accès à des informations indépendantes et le partage d'informations essentielles et vitales, et créent des conditions propices à ce que les autorités commettent de graves violations des droits humains en toute impunité. Avant la coupure, des défenseur⸱ses des droits humains et des dissidents connus, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Iran, ont signalé avoir reçu des menaces, les autorités ayant tenté de réprimer toute forme de soutien aux manifestations en ligne.
Dans ce contexte, les personnes emprisonnées récemment ou depuis longtemps, dont les défenseur⸱ses des droits humains, les journalistes, les écrivains et les artistes, sont exposées à des risques accrus et souvent ignorés. Les tendances observées par le passé en Iran montrent que les périodes de troubles généralisés s'accompagnent d'une recrudescence des abus à l'intérieur des centres de détention, où ces groupes sont particulièrement exposés aux exécutions extrajudiciaires, aux disparitions forcées, à la torture et à d'autres formes de mauvais traitements. Les personnes placées à l'isolement et privées de tout contact avec le monde extérieur sont particulièrement exposées à ce risque.
Parmi les personnes récemment arrêtées figurent des personnalités éminentes de la société civile iranienne, notamment la lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, Sepideh Gholian, Alieh Motalebzadeh, Javad Alikordi, Hasti Amiri, Pooran Nazemi, ainsi que d'autres défenseur⸱ses des droits humains et journalistes. Ils ont été violemment arrêtés à la suite de la cérémonie commémorative en l'honneur de l'avocat Khosrow Alikordi, le 12 décembre à Mashhad, et sont détenus à l'isolement depuis plus d'un mois, sans que l'on sache où ils se trouvent ni dans quel état ils sont. Narges Mohammadi s'est vu refuser l'accès à un avocat et tout contact avec sa famille, à l'exception d'un bref appel téléphonique le 14 décembre, au cours duquel elle a fait état de graves mauvais traitements, notamment de coups de matraques à la tête et au cou, ainsi que des menaces de nouvelles violences. Le 6 janvier, avant la coupure totale d'Internet, la journaliste et défenseuse des droits humains Alieh Motalebzadeh, atteinte d'un cancer, a pu appeler sa famille. Sa fille a déclaré dans un message vidéo qu'elle ne semblait pas aller bien, affirmant que les détenus subissaient de fortes pressions. Elle a été libérée sous caution le 12 janvier en raison de la détérioration de son état de santé. L’état de santé de santé de Pouran Nazemi serait critique alors qu’elle est toujours détenue. Narges Mohammadi est hospitalisée depuis trois jours après avoir été violemment arrêtée et détenue arbitrairement le 12 décembre. En raison du black-out total des communications, les familles et les avocats n'ont pas pu entrer en contact avec elles, notamment pour savoir si leur détention arbitraire de 30 jours avait été prolongée ou non.
Nous, les organisations soussignées, exprimons notre profonde préoccupation face à l'escalade des meurtres de manifestants, et face au risque sérieux de poursuites judiciaires arbitraires, passibles de la peine de mort, à l'encontre des personnes détenues. Nous insistons sur le fait que la vie et la sécurité des personnes les plus vulnérables détenues en Iran ne doivent pas être oubliées. Les défenseur⸱ses des droits humains, les journalistes, les écrivains, les artistes et les personnes poursuivies pour avoir exercé leur liberté de réunion et d'expression sont en première ligne de la lutte pacifique pour les droits humains fondamentaux. Ils doivent être protégés et libérés immédiatement et sans condition, et nous appelons la communauté internationale à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à l'escalade des violations des droits humains et de l'humanité.
Alors que les informations faisant état d'arrestations massives, de meurtres et de violences généralisées continuent de s'intensifier, nous exprimons notre entière solidarité avec le peuple iranien dans sa lutte légitime pour les libertés fondamentales et les droits démocratiques. Nous exhortons la communauté internationale à prendre des mesures urgentes et concrètes pour empêcher de nouveaux morts et veiller à ce que l'Iran respecte ses obligations internationales en matière de droits humains, notamment :
La libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes emprisonnées en Iran pour leur militantisme ou leurs prises de position pacifiques, notamment la lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, ainsi que les défenseur⸱ses des droits humains et des droits des femmes, les militants de la société civile, les journalistes, les avocats, les écrivains, les artistes, les représentants des minorités religieuses et ethniques, les défenseur⸱ses de l'environnement et des droits des travailleurs, les étudiants et toutes les autres personnes détenues ou menacées pour avoir exercé leurs droits fondamentaux.
Le rétablissement immédiat d'un accès total et sans restriction à Internet et aux services de télécommunications, et la fin du black-out d'information à l'échelle nationale qui censure les reportages informatifs, facilite la répression, bloque la transmission de communications essentielles et vitales, notamment pour le personnel médical, et empêche de documenter les violations des droits humains.
Des enquêtes indépendantes, impartiales et transparentes sur les homicides, les actes de torture, l'usage létal de la force par les agents de sécurité, les disparitions forcées et les autres violations graves des droits humains commises dans le contexte des manifestations actuelles, afin de garantir la responsabilité conformément au droit international.
Car chaque heure d'inaction augmente le risque de pertes humaines irréversibles et de violations flagrantes des droits humains. La communauté internationale doit agir de toute urgence pour protéger les détenus, garantir leur sécurité et leurs droits, et empêcher de nouvelles violations du droit international.
Signatures:
Narges Foundation
Front Line Defenders
PEN America
Reporters sans frontières (RSF)
All Human Rights for All in Iran
Alliance des femmes pour la démocratie
ARC - Artists at Risk Connection
ARTICLE 19
Artists at Risk (AR)
Association for Human Rights of Azerbaijanis in Iran (ArcDH)
Baloch activists campaign
Center for Human Rights in Iran (CHRI)
Coalition For Women In Journalism
Committee to Protect Journalists (CPJ)
ECPM (Together against the death penalty)
End Gender Apartheid International Campaign
European Uyghur Institute
Fondation des Femmes
Haalvsh Human Rights Organization (Haalvsh)
HÁWAR.help
International Federation for Human Rights (FIDH)
Iran House (NGO)
Iran Justice
Irish PEN/PEN na hEireann
Kurdistan Human Rights Association-Geneva (KMMK-G)
Kurdpa Human Rights Organization
League for the Defence of Human Rights in Iran (LDDHI)
Middle East Matters
Neda d’Iran
Nobel Women’s Initiative (NWI)
PEN Austria
PEN Canada
PEN Denmark
PEN Flanders
PEN International
PEN Melbourne
PEN Netherlands
PEN Norway
PEN Sweden
Stop honor killings
Strategic Litigation Project, Atlantic Council
United for Iran
World Organisation Against Torture (OMCT)
Cette déclaration est préparée par le comité directeur de la Free Narge Coalition, dirigé par la Narges Foundation, PEN America, Reporters sans frontières (RSF) et Front Line Defenders. Pour plus d'informations ou pour vous impliquer, rendez-vous sur: www.narges.foundation/freenarges. Pour contacter les membres du comité: Narges Foundation, info@narges.foundation; Karin Deutsch Karlekar, PEN America, kdkarlekar@pen.org; Jonathan Dagher, Reporters sans frontières (RSF), jdagher@rsf.org; et Front Line Defenders, campaigns@frontlinedefenders.org.






