La Grèce doit cesser l’acharnement judiciaire et l'intimidation à l’encontre des défenseur·ses des droits des migrants
Front Line Defenders est profondément préoccupée par les tentatives incessantes du gouvernement grec visant à réduire au silence et à intimider les défenseur⸱ses des droits humains et les organisations qui œuvrent pour la protection des droits des migrants. Les attaques publiques du ministre de la Migration et de l'Asile contre le Human Rights Legal Project et son avocat principal et cofondateur Dimitrios Choulis lors d'une interview télévisée, ainsi que la délivrance d'un mandat d'arrêt européen à l'encontre de Tommy Olsen, fondateur de l'Aegean Boat Report, sont les derniers exemples en date des représailles systématiques dont font l'objet les défenseur·ses des droits des migrants en Grèce.
Le 11 février 2026, les autorités norvégiennes ont informé le fondateur d'Aegean Boat Report, Tommy Olsen, que les autorités grecques avaient émis un mandat d'arrêt européen (MAE) à son encontre. Elles lui ont indiqué que les accusations portées contre lui comprennent la traite d'êtres humains, la facilitation de la traite d'êtres humains et la direction d'une organisation criminelle par le biais d’Aegean Boat Report. Fondée en 2017, Aegean Boat Report est une organisation indépendante qui surveille et documente les arrivées maritimes, les refoulements et les violations des droits humains perpétrées contre les migrants dans la mer Égée.
L’acharnement judiciaire à l'encontre de Tommy Olsen a commencé en 2021, lorsqu'il a été accusé d'avoir facilité des « flux migratoires illégaux », une accusation qui a ensuite été rejetée faute de preuves. Un procureur de Kos a rouvert l'enquête et, le 14 mai 2024, a émis un mandat d'arrêt national à l'encontre de Tommy Olsen, invoquant les mêmes accusations. Ces accusations reposent sur le fait que Tommy Olsen, en sa qualité de représentant d'Aegean Boat Report, informe les autorités grecques lorsque des migrants arrivent sur une île grecque ou sont en détresse en mer. Aegean Boat Report informe les autorités afin que les migrants puissent être localisés et exercer ainsi leur droit d'asile. Les autorités grecques affirment que ce travail légal et important en faveur des droits humains constitue un crime, car elles le considèrent comme une facilitation des « flux migratoires illégaux ». Par conséquent, le défenseur n'a pas pu se rendre en Grèce depuis mai 2024, car il y sera arrêté. Désormais, le mandat d'arrêt européen l'empêche d'entrer en toute sécurité dans n'importe quel État membre de l'Union européenne.
Le 10 février 2026, le ministre grec de la Migration et de l'Asile a publiquement pris pour cible Dimitrios Choulis, défenseur des droits des migrants et avocat, lors d'une interview télévisée. Le ministre l'a accusé d'avoir présenté l'un des survivants du naufrage près de Chios comme une victime plutôt que comme un criminel. Le ministre affirme que le survivant est un trafiquant. Le 3 février 2026, un bateau des garde-côtes grecs est entré en collision avec un canot pneumatique transportant environ 40 migrants, provoquant le chavirement du canot et la mort de 15 personnes. Le ministre a également accusé le défenseur d'avoir injustement accusé les garde-côtes d'être complices et responsables de la mort de 15 personnes.
Au cours de l'interview, le ministre a également pris pour cible le Human Rights Legal Project (HRLP), affirmant que l’organisation avait choisi de « se ranger du côté des trafiquants ». Bien que le ministre n'ait pas explicitement nommé le HRLP, il a fait référence à une ONG de Samos affiliée à Dimitrios Choulis. Ces allusions visent manifestement le HRLP et sa déclaration est considérée comme une tentative évidente de discréditer le travail de l'organisation en matière de droits humains.
Le HRLP est une organisation d'aide juridique qui défend les droits fondamentaux des migrants en Grèce et s'attaque aux défaillances systémiques du système judiciaire grec et de la politique migratoire de l'UE, qui ne parviennent pas à traduire en justice les auteurs de violences contre les migrants. Les autorités grecques ciblent constamment le HRLP par des actes d'intimidation, notamment par le biais d’enquêtes et d’audits sans mandat. De même, Dimitrios Choulis a fait l'objet de surveillance et de poursuites judiciaires à plusieurs reprises. Cependant, dans tous les cas, les accusations ont été soit rejetées, soit il a été acquitté.
Ces récentes tentatives pour discréditer et criminaliser Dimitrios Choulis, Tommy Olsen et leurs organisations respectives semblent être une stratégie délibérée du gouvernement grec visant à saper le travail des défenseur·ses des droits des migrants et des organisations qu'ils représentent. Les défenseur·ses des droits des migrants en Grèce jouent un rôle central pour dénoncer les violations des droits humains, notamment les refoulements aux frontières terrestres et maritimes. Ils défendent également les droits des migrants, y compris les mineurs, qui sont injustement accusés de contrebande et de trafic, notamment en les représentant devant les tribunaux. Par exemple, grâce au travail du HRLP, de nombreux migrants qui avaient été criminalisés et dont les cas auraient autrement pu rester invisibles ont été acquittés à juste titre de charges qui auraient pu leur valoir des centaines d'années d'emprisonnement cumulées.
Le 5 février 2026, le Parlement grec a adopté les nouveaux amendements au Code de l'immigration, qui criminalisent davantage et sapent le travail des organisations de défense des droits des migrants. Les modifications pénalisent l'action humanitaire en imposant de lourdes sanctions aux personnes qui facilitent l'entrée irrégulière, ce qui, selon le Code grec sur l'immigration, inclut le fait d'aider et de secourir des personnes en détresse en mer. Le fait d'être membre d'une ONG humanitaire est considéré comme une circonstance aggravante, car l'accusation de délit mineur peut-être requalifiée en crime. En outre, si un membre d'une ONG est accusé d'avoir facilité l'entrée irrégulière, les autorités peuvent radier l'organisation du registre des ONG du ministère de la Migration et de l'Asile. L'organisation perdrait donc son droit d'exercer ses activités en Grèce.
Depuis l'arrivée croissante de migrants sur les îles de la mer Égée en 2015, les autorités grecques ont recours à l’acharnement judiciaire comme moyen de dissuasion à l'encontre des défenseur·ses des droits des migrants et des groupes de solidarité. Cependant, après avoir maintenu de nombreux défenseur⸱ses des droits humains dans une situation juridique incertaine pendant des années, la plupart des affaires pénales se sont soldées par des acquittements ou des non-lieux. Ces affaires soulignent que les défenseur⸱ses qui protègent et promeuvent les droits des migrants n'étaient impliqués dans aucune activité criminelle ou illégale, mais agissaient pour des raisons humanitaires et que leurs actions étaient protégées par le droit international.
Front Line Defenders est profondément préoccupée par les efforts déployés sans relâche par les autorités grecques pour restreindre le travail des organisations de défense des droits des migrants et des groupes de solidarité en adoptant des lois dont le seul objectif est de limiter tout moyen de soutien aux migrants. Nous appelons les autorités à respecter leurs obligations en vertu du droit européen et international, à cesser de diffuser de fausses accusations et à mettre fin à la criminalisation des défenseur⸱ses des droits humains qui défendent les droits des migrants. Le gouvernement grec devrait favoriser un environnement dans lequel tous les défenseur⸱ses des droits humains, y compris les organisations de défense des droits des migrants, peuvent mener à bien leur travail sans craindre de représailles, de criminalisation ou d'intimidation.


